Les mots. Pires ennemis et compagnons exemplaires. Ils s'emmêlent sous mes doigts engourdis et le fil est impossible à démêler. Il y a aussi le trac. L'angoisse des longues phrases qui s'entortillent et s'enchevêtrent comme des serpents et qui surtout ne se finissent jamais. Quoi de pire, devant la peur de manquer de temps, que celle d'un sablier dont les grains n'en finiraient jamais de sombrer? Les objectifs comme des mirages, une vie en points de suspensions...
Memento Mori.
Memento Mori.
Memento Mori.
Rappelle-toi que tu mourras.
Loin de moi l'idée de prôner une fausse philosophie prétenduemment épicurienne.
Apologie de la vie.
Non, mieux, des sensations.
Je sais, je sais, je me répète...
Mais imaginez une seconde:
Moi, vous, ou peu importe...
Dans un fauteuil carmin. Moelleux, le fauteuil.
Devant, les lumières qui papillotent. Rideau, mélanges de modulations et stridences: un harmonica, trois guitares, scintillantes. Derrière, le groupe accompagnent deux vieux blues men. Deux, sentant Ailleurs, pourtant déjà prémâché, le croit-on, parce un matraquage télévisuel efficace. L'Amérique... Non, Chicago!
Des rires usés, mélodieux, la musique, la musique...